Chamada Tolosa, histoire, du Gothique au Baroque
L'histoire : du gothique au baroque

Comme chaque orgue-type en Europe, l'orgue ibérique reflète l'histoire et la mentalité d'un peuple, les aspirations musicales et artisanales des organistes et facteurs d'orgues à travers les siècles. Les caractéristiques de la musique pour orgue ibérique la distinguent considérablement de celle de l'Europe Centrale ou du Nord et les spécificités des instruments sont si prononcées qu'on peut parler d'un paysage de l'orgue original, mais non uniforme, à forte empreinte nationale.

Les anciens royaumes d'Aragon et de Castille donnèrent naissance à des foyers de facture d'orgue distincts. L'orgue portugais, étroitement lié à celui d'Espagne, se développa de son côté depuis le 18e siècle. Malgré ces particularités, les points communs des instruments ibériques les caractérisent nettement et suffisamment par rapport aux orgues du reste de l'Europe.

Les plus anciens orgues en Espagne apparaissent au 12e siècle et sont rapidement renommés. Depuis les 14e et 15e siècles, les renseignements se multiplient et l'on retient l'image d'un instrument encore sous l'influence de l'Europe. Privilégié par son orientation sur la Méditerranée occidentale, l'ancien royaume d'Aragon étend son influence vers la Sicile, la Sardaigne et Naples, et connaît rapidement un essor considérable de la construction d'orgues.

Les instruments grandioses présentent au 15e siècle jusqu'à cinq plans sonores différents et la possibilité d'actionner des rangs séparés. Depuis le 16e siècle, les nouvelles constructions et les compositions pour orgue abondent. Près de 400 facteurs, dont plusieurs originaires de France, d'Allemagne et des Pays-Bas, ont laissé les traces de leur activités.

C'est pendant ce siècle d'essor économique et culturel que le développement de l'orgue ibérique prend un tournant essentiel par l'introduction de la coupure majeure des jeux en basses et dessus qui permet à l'instrument, le plus souvent à un seul clavier jusqu'au 18e s., des contrastes et des variations abondantes.
Le fonds sonore se compose d'un plein-jeu complet, (lleno) de quelques flûtes et d'anches à pavillon court, plus rarement d'une trompette intérieure.

Au 17e s., la facture d'orgues ibérique atteint son apogée en s'enrichissant de nouveaux jeux à bouche et surtout des anches suspendues horizontalement en façade, les chamades, qui permettent une plasticité et une richesse harmonique jusque-là inouïes et deviennent rapidement la caractéristique évidente et référentielle de l'instrument. La tendance baroque à une maximalisation des moyens les regroupe en de monumentales batteries et donne naissance à des instruments d'un très haut niveau artistique et artisanal, dépassant en dimensions nombre d'orgues d'Europe.

Le devant des buffets est droit, souvent polychrome et richement sculpté. L'alignement des bouches des tuyaux de façades est également droit. L'alliage est riche en étain, jusqu'à 100 % au 16e s. Les parties en bois sont essentiellement en pin, les rouleaux de tirage des jeux en fer forgé.

L'orgue ibérique permet une richesse maximale en somptueuses variations et en contrastes dynamiques, et doit être construit en respectant tous les paramètres qui sont à l'origine de sa sonorité et de son toucher spécifiques afin de servir au mieux à une interprétation authentique. Son esthétique se refuse à tout emploi de matériaux modernes. Cet instrument n'est pas fait pour interpréter l'ensemble de la musique européenne pour orgue jusqu'à nos jours. Il servira par contre, en dehors du répertoire pour orgue ibérique, à une interprétation valable de la musique la plus ancienne pour instruments à clavier.